Journal d'un chambardement

L’Hôpital Joffre-Dupuytren, hôpital gériatrique situé à Draveil (Essonne) dépendant de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, est pris dans une tourmente qui remet en cause jusqu’à son existence même.

Pour la première fois depuis longtemps, le mouvement de révolte des personnels inclut une mobilisation des médecins du site face à des annonces de restructurations avivant les pires craintes.

C’est dans ce contexte, et pour mettre sur la place publique le journal des évènements afin que chacun puisse suivre leur déroulement en connaissance de cause, que le Collectif des Médecins de l’Hôpital Joffre-Dupuytren entreprend la rédaction de ce blog.

lundi 12 avril 2010

Exégèse des conclusions de la réunion avec le Directeur Général de l'AP-HP et le Maire de Draveil

Un compte rendu, daté du 07/04/10, de la réunion du 02/04/10 et soumis à la réflexion des participants a été émis par le Directeur Général.

Les termes en sont un peu plus mesurés que le compte rendu oral de la rencontre n'en avait tout d'abord donné l'impression, même si l'essentiel, la préservation des lits et des emplois, est acquis.

Mais le diable se niche dans les détails, et de détails il n'en manque point.


Concernant les lits de SSR et de SLD, ils sont maintenus (avec les emplois afférents) « dans la mesure où le taux d'occupation est proche de 100%, les DMS sont conformes à la moyenne régionale, et les patients pris en charge sont originaires du territoire de santé ». Autrement dit, gare à un fléchissement du taux d'occupation, et surtout gare à la non diminution de la DMS.

C'est que « la pérennité de l'établissement passe par le développement de son activité et par son ouverture sur son territoire de santé ». Et on s'y prend comment, puisqu'on est déjà plein et avec des patients du coin ? La solution est simple et repose toujours sur la même piste : en baissant la DMS, on augmente le nombre de patients possiblement pris en charge puisqu'on n'envisage qu'un taux d'occupation maximum. Et pour se garder une chance de recettes supplémentaires en prévision de ce que la T2A SSR viendra grignoter du financement des séjours, autant miser également sur la validation de thèmes spécialisés de prise en charge : et voilà pour l'onco-gériatrie, la psycho-gériatrie, et toutes les « thémo-gériatries » qu'on voudra bien développer. Au passage, même si on ne sait pas encore grand chose de la T2A SSR, on voit qu'on se doute bien qu'elle se traduira par une diminution des recettes.

Concernant le laboratoire, les choses sont moins positives qu'on l'avait initialement compris, avec le simple report à 2012 du projet de regroupement. Encore qu'il faille lire entre les lignes qui se contentent de dire que « le projet de transfert du laboratoire au 3me trimestre 2010 devra garantir un service médical rendu et des restitutions dans des délais médicalement justifiés ». Après question à la DG, son Chef de Cabinet précise que le 3ème trimestre 2010 est à entendre comme l'échéance de la mise au point du projet, son échéance de réalisation devant être « définie au sein du groupe hospitalier », laissant le flou persister par rapport à une échéance en 2012 telle qu'évoquée lors de la rencontre du 02/04/10. Enthousiasmant, non ?

De même pour l'avenir des Pharmacies, avec une porte ouverte laissée sur le choix du lieu de leur regroupement : pourquoi pas à Dupuytren, faudra voir, faudra y penser, ... allez, disons qu'on y pense jusqu'en Septembre, que vous bossez pour soumettre un projet bien ficelé, et en verra si on pourra s'en servir ... En langage officiel, ça donne « (Cette proposition) devra faire l'objet d'une expertise approfondie d'ici le début du mois de Septembre ». De quoi rassurer dans les chaumières draveilloises !

Enfin, et en tout état de cause, puisqu'on est bec et ongles sur les postes soignants, peut-être qu'on sera moins regardants sur les emplois périphériques : « L'établissement ... devra mener à bien une réflexion sur le bon dimensionnement de son plateau médico-technique ». En bon français, ça donne : on vous laisse tranquilles avec les postes soignants, mais nous on doit rendre des postes, alors soyez raisonnables, trouvez-vous du gras à perdre sur les fonctions support !

On parlait il y a quelques jours de goûter le lait et le miel de la Terre Promise. C'était pourtant compter sans les affres de l'exégèse.

samedi 10 avril 2010

Quand la Comm retourne la situation ...

Réactive comme jamais, l'AP-HP publie dans son Webzine du 09/04/10 un article sur "La suite des soins en soins de suite", à peine 24 heures après la seconde cession de négociations consacrées à la gériatrie et au SSR. On admirera au passage la pointe d'humour du titre.

Et juste pour le plaisir, on ne peut s'empêcher un arrêt sur le dernier paragraphe de l'article :
-
"L’ouverture prochaine et progressive du Nouveau Rothschild dans le 12ème arrondissement permettra ainsi d’accueillir des patients parisiens relevant de soins gériatriques ou de soins de suite et réadaptation spécialisés. L’ouverture du nouvel hôpital au 3ème trimestre 2010 permettra de libérer des capacités d’accueil en faveur des patients résidants à proximité des hôpitaux de l’AP-HP situés en grande couronne. "
-
La dernière phrase (surlignée par nos soins) vaut son pesant de cacahuètes ! Un bel exemple de communication quand on se rappelle d'où l'on partait il y a encore quelques jours.

Poursuite des négociations sur la Gériatrie et le SSR au Siège de l'AP-HP

Alors que l'Hôpital Joffre-Dupuytren est toujours dans l'attente de la version définitive du compte rendu version Direction Générale de la rencontre du 2 Avril entre le Directeur Général de l'AP-HP, le Maire de Draveil - Député - Secrétaire d'Etat à la Fonction Publique -Président de la Commission de Surveillance de l'hôpital, l'Intersyndicale, et le Collectif Médical, les négociations se poursuivent au Siège de l'AP-HP suite au mouvement du 12 Mars.
-
La réunion du 8 Avril concernait pour la seconde fois la gériâtrie et le SSR. La Direction Générale en a publié un compte rendu. La CFDT qui participait à la rencontre a également fait connaître sa vision de cette réunion et ses premières réactions. De son côté, le Nouvel Observateur se fait l'écho de cette réunion.
-
Globalement, les choses avancent doucement. La Direction Gérérale réaffirme la création des Groupes Hospitaliers, et ne pas vouloir discuter de ses objectifs de réduction globale de personnel. Les avancées concernent :
  • le maintien au sein de l'AP-HP des hôpitaux Joffre-Dupuytren, Georges Clémenceau, et Paul Doumer,
  • le maintien de la capacité globale de lits de SLD de l'AP-HP,
  • le maintien des capacités de SSR de Clémenceau et Dupuytren,
  • le maintien des projets de bâtiments Pollux et Castor pour le transfert à Dupuytren de 240 lits de SLD de Joffre,
  • la révision des modalités d'ouvertures de lits de SSR spécialisés incluant une participation des spécialités concernées et non plus par ponction sur les lits de gériatrie,
  • la révision des modalités d'ouvertures de lits de gériatrie de l'Hôpital Rothschild sans prélèvement sur les lits d'hôpitaux périphériques.

Un point pas très clair cependant, à qui n'est pas dans le secret des Dieux, concernant le réexamen "approfondi" du projet médical de l'Hôpital Charles Foix.

Par ailleurs, l'ambiance semble être à une orientation des économies d'emplois sur les fonctions support. A priori, pas plus bête qu'autre chose, en particulier qu'une diminution des effectifs soignants au lit du patient.

Mais du coup, on voit se dessiner progressivement l'hôpital de demain, oubliant le vieux modèle du "tout service compris" proche de l'autarcie, et se dirigeant vers un service soignant exclusif soutenu par une série de prestataires extérieurs. Juste pour fixer les images, imaginons pêle-mêle une liste des domaines d'action de ces prestataires possibles :

  • ménage,
  • entretien,
  • jardins,
  • restauration des patients,
  • restauration du personnel,
  • lingerie,
  • service informatique,
  • médecine du travail,
  • transports,
  • sécurité,
  • télévision, téléphone,
  • magasins divers (journaux, souvenirs, articles de toilette, vêtements, pompes funèbres, loueurs de matériel médical, ...)
  • chambre mortuaire,
  • comptabilité,
  • communication,
  • matériel médical,
  • matériel non médical,
  • gestion de salles, de réunions,
  • ...

Evidemment, rien ou presque de tout cela n'est décidé, ni même entièrement imaginé. Mais il suffira de peu d'efforts pour permettre aux imaginations les plus intrépides de se mettre à la tâche.

jeudi 8 avril 2010

Vieux motard

-
Interminable journée d'attente de la lettre de la Direction Générale posant par écrit les conclusions de la rencontre du 02/04/10. La lettre était promise pour "l'heure du thé", et c'est finalement l'annonce de son retard qui est arrivée : aujourd'hui peut-être, ou alors demain ...
-
C'est dans cette attente sub-fébrile qu'est tombé un Communiqué du SGHP (Syndicat de Gériâtrie des Hôpitaux de Paris) dont la réaction aux évènements et le soutien étaient réclamés depuis le 17/02/10. Sa première réponse, en date du 08/03/10, avait quelque peu "surpris" bon nombre des gériatres pris dans la tourmente des restructurations, en particulier des fermetures de lits, annoncées. Dans sa Déclaration du 15/03/10, le SGHP exprimait certes son incompréhension des réactions suscitées.
-
Mais par son dernier Communiqué, l'engagement du SGHP est désormais clair aux côtés de tous ceux qui défendent depuis plusieurs semaines l'introduction d'une réflexion médicale plutôt que principalement administrativo-financière dans la définition et l'élaboration du projet gériatrique de l'AP-HP, et qui manifestent leur hostilité aux restructurations prévues.
-
Une clarification qui méritait d'être faîte, bonne nouvelle occupant cette journée en l'attente de celle tant attendue qui devrait occuper, nous promet-on, la journée de demain concernant l'avenir de l'Hôpital Joffre-Dupuytren.
-

mardi 6 avril 2010

Le temps suspendu

C'est une étrange impression depuis trois jours que de flotter quelque part entre la satisfaction du but accompli, le léger doute avant la certitude qui n'est encore qu'annoncée que l'objectif est réellement atteint, et la lente défervescence de l'action qui vire soudainement au repos. Quelque chose comme un sentiment que le temps reste suspendu dans un vide de la continuité. Un genre de calme après la tempête, de sensation de bien-être après levée d'obstacle. On a juste envie de s'allumer une cigarette et de s'entendre dire : « Alors, heureux ? ». Juste envie que le temps suspendu le reste encore, à l'infini, ou au moins encore un peu. On se laisse bercer par Lamartine déclamant depuis la berge de son lac :
-
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! ».
-

Et puis une légère brise se lève, soulevant à peine un léger clapotis à la surface de l'eau : il va bien falloir s'habituer au retour du quotidien, des rituels routiniers. Ne plus entendre la journée ponctuée des accents de Carlos Puebla. Ne plus attendre quotidiennement l'email récapitulatif du « Proseur du soir ». Ne plus guetter la presse et les bruits de couloir. Revenir à la quotidienneté, simple, timide, loin des grandes envolées aux accents de David contre Goliath. On le savait, on l'espérait, ce moment de retour à la normale, à notre mission première. On l'attendait ; et on se sent tout bête quand enfin il est là, même si ce n'est pas une légère brise qui va nous faire trébucher. On entend encore Lamartine geindre au bord du lac :

« Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ? »

Et puis le vent forcit. De nouvelles questions surgissent, lentement hors des nuages qui doucement s'estompent. Joffre-Dupuytren a sauvé sa peau, pour le moment. Il est sorti de la tourmente, mais d'une tourmente qui pour autant fait encore rage autour de lui. Sur le champ de bataille des restructurations de l'AP-HP, un soldat se relève, mais pour trouver autour de lui encore combien de blessés à terre ? Les soldats Roux, Clémenceau, Foix, Trousseau ... Combien se relèveront aussi ? Combien seront-ils encore quand la mitraille aura vraiment cessé ? Même pour les survivants des tranchées, Verdun n'a jamais plus ressemblé à son visage d'avant les hostilités. Quel sera notre nouveau paysage ? A coup sûr différent de celui que nous avons connu. Mais à quel point aura-t-il changé ? Quelles adaptations exigera-t-il de nous ? Quelles plaies resteront vives, lesquelles cicatriseront, et avec quelles séquelles ? Quelles rancœurs, quelles solidarités nouvelles, seront nées devant l'adversité heureusement dépassée ?

Mais les bourrasques savent aussi s'interrompre, le temps de goûter le temps, de savourer l'instant. On sait qu'il faudra bientôt retendre de la toile, mais pour l'instant, le calme est bien là. La surface de l'eau se lisse à nouveau, et Lamartine achève son chant :

« Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé ! »

samedi 3 avril 2010

Pour fêter ça

Juste pour le plaisir, un petit montage vidéo de fête (je suis certain que l'auteur sera d'accord pour l'emprunt).

-
Il faudra un jour philosopher sur l'usage de la bande dessinée dans les conflits sociaux, voire sur la question des droits d'auteur, ... Mais pour le moment, on partage les bons moments comme on a partagé les moments difficiles, et c'est le principal.
-

Noel à Pacques

La rencontre tant réclamée et tant attendue entre Monsieur Benoit Leclercq, Directeur Général de l'AP-HP, Monsieur Georges Tron, Député-Maire de Draveil et Président de la Commission de Surveillance de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, et les représentants du personnel de l'hôpital, syndicats et Collectif Médical de Défense de l'Hôpital JD, s'est enfin tenue, hier, au Café Culture de Draveil.


On s'attendait à tout, de la douche froide de la démonstration d'autorité confirmant les décisions de restructuration déjà annoncées, à la solution dilatoire d'attente du résultat des négociations en cours au niveau central dans le cadre du mouvement général de contestation au sein de l'AP-HP, en passant par toutes les formulations intermédiaires. Bref, on attendait, sans trop y croire, un mélange tiède de chaud et de froid.

Les délégués étaient partis de l'hôpital en début d'après-midi pour le Café Culture avec une bonne escorte de personnel. Les autres gardaient la maison, assuraient le service, et attendaient le retour d'information. On savait l'argumentaire de l'hôpital crédible, on espérait dans des bruits de couloir plutôt favorables, mais il était difficile d'aller plus loin.

Au bout de l'aprés-midi, les informations sont enfin arrivées, aussi simples qu'inattendues : satisfaction de toutes les revendications ! Pas une, pas deux : toutes !

  • Transfert des 68 lits de SSR vers l'Hôpital Rothschild en Octobre : annulé,

  • Projet de fermeture de 75 lits sur 5 ans au motif d'un arrêt du recrutement de patients parisiens : annulé,

  • Projet de fermeture de 111 lits au motif d'une baisse drastique de la durée moyenne de séjour sur 5 ans : annulé,

  • Mutation de personnels vers les hôpitaux parisiens : aucun transfert non volontaire,

  • Projet de fermeture du Laboratoire Multisite de Biologie Gériatrique avec transfert de son activité sur les laboratoires de l'Hôpital Henri Mondor : annulé,

  • Construction du bâtiment Castor pour accueillir 240 patients de Soins de Longue Durée de l'Hôpital Joffre : maintenu,

  • Construction du bâtiment Pollux pour transfert depuis le site de Joffre de la Crèche, de l'Hospitalisation à Domicile, du Centre d'Activités : maintenu.


Ca laisse sans voix ...

On se dit que tout cela n'est pour le moment que retransmission orale de ce que les présents ont entendu et qu'il faut attendre un peu pour vérifier qu'il ne s'est pas glissé une erreur d'interprétation quelque part.

On se dit qu'il faut attendre encore un peu pour voir ces engagements verbaux jetés sur le papier pour une trace définitive : le relevé de décisions est promis pour le 07/04/10.

On se dit que tout cela s'accompagne d'une série d'engagements de l'hôpital de maintenir la situation qui a donné argument à ces décisions (activité soutenue, DMS en baisse, recrutement local, ...).

Reste que l'essentiel est là, et que c'est une sensation étonnante que de sentir la pression s'évacuer de manière aussi soudaine après des semaines de tension.

Et puis la tentation de la prudence, du mauvais esprit, reviennent sans crier gare : est-ce bien vrai que cette année Noêl tombe à Pacques ? Il est où, le bug ? Ca s'explique comment, ce retournement de situation ? Par le seul fait que nos arguments ont été convaincants ? Parce que brutalement, les têtes pensantes de la Haute Administration ont réalisé que les leurs ne l'étaient pas ?

Mais pour le moment, savourons le miel et le lait de la Terre Promise, et ne boudons pas le plaisir de la levée d'obstacle.


vendredi 2 avril 2010

Monsieur Benoit Leclercq, Directeur Général de l'AP-HP, enfin à Draveil à la rencontre des personnels de l'Hopital Joffre-Dupuytren et de la Mairie

Suite aux différents rendez-vous manqués, le Directeur Général de l'AP-HP doit se rendre enfin à Draveil pour rencontrer à la fois l'Intersyndicale de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, accompagnée de médecins de l'établissement, et Monsieur Georges Tron, Député-Maire de Draveil, Président de la Commission de Surveillance de l'hôpital, et accessoirement et depuis peu Secrétaire d'Etat à la Fonction Publique.
-
Le rendez-vous était souhaité depuis mi-Février à la suite de l'apparition d'une contradiction entre les engagements de M. Leclercq lors d'une réunion publique à Draveil en Décembre 2009 en présence de M. Tron concernant la poursuite de l'activité du site, et le contenu des décisions du Conseil Exécutif de l'AP-HP, entériné mi Février, et prévoyant une réduction drastique de cette activité (transfert de 20% des lits de SSR vers l'Hôpital Rothschild et fermeture du Laboratoire Multi-Site de Biologie Gériatrique.
-
Il avait été à nouveau réclamé lors de l'épisode de rétention du Directeur de Site mi Mars. La venue de M. Leclercq, un temps promise, avait été finalement annulée, probablement par crainte de sa propre rétention par les personnels de Joffre-Dupuytren.
-
La rencontre est finalement programmée pour le 02/04/10 à 14h en terrain neutre, dans les locaux du Café-Culture municipal de Draveil.
-
Pendant ce temps, la Chambre Régionale des Comptes publie un rapport controversé dénonçant les sureffectifs, l'absentéïsme, et les avantages exhorbitants des personnels de l'AP-HP. Une charge à charge fort à propos au milieu des négociations sur les restructurations et le plan stratégique de l'AP-HP.

Projet gériatrique : explication de texte

La réflexion ne s'alimentant utilement que de données concrètes, et la dispersion de ces données étant la règle dans le maquis des documents administratifs, un petit point sur les enjeux chiffrés du débat sur la gériatrie et sur les arguments des uns et des autres n'est pas inutile.



A la lecture du Plan Stratégique de l’AP-HP pour la gériatrie, on observe que de 2005 à 2009, le nombre de lits de SLD (Soins de Longue Durée) a diminué de 708 lits, aboutissant à un existant de 3638 lits de SLD fin 2009. Leur compensation partielle, à hauteur de 520 lits, était prévue par la construction d’EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) dont aucun n’a vu le jour.

Concernant le SSR (Soins de Suite – Réadaptation), l’ouverture de 1000 lits était prévue sur la même période, et ne s’est en pratique élevée qu’à hauteur de 235 lits. Les lits existants (estimés avec une hypothèse de taux d’occupation de 90%) s’élèvent à 4422 au total du SSR, dont 2824 pour la seule gériatrie (Comment estime-t-on un nombre de lits existants sous une hypothèse de taux d'occupation ? Voilà un mystère technocratique qu'il faudra un jour clarifier ...).



Pour 2010-2014, l’AP-HP vise plusieurs objectifs :

  • développer les SSR spécialisés (la gériatrie n’étant que l’un d’entre eux). Pour ce faire, elle envisage une réduction de la durée moyenne de séjour (DMS) en SSR gériatrique, évaluée à -10% par an pendant 5 ans pour la rapprocher à celle des structures non AP-HP comparables (en fait l’écart de DMS constaté est de l’ordre de 20%), permettant de libérer autant de lits devenus disponibles pour les affecter aux SSR spécialisés non gériatriques. La DMS en SSR gériatrique passerait ainsi de 58 à 35 jours, permettant la libération en 5 ans de 619 lits, soit 111 sur Joffre-Dupuytren. Les besoins à couvrir en SSR spécialisés non gériatriques sont évalués à 455 lits (les besoins supplémentaires en gériatrie ne sont pas estimés, c’est-à-dire évalués à zéro),
  • développer les spécialisations au sein du SSR gériatrique (déjà spécialisé de fait à hauteur de 1/3 des lits de SSR gériatrique),
  • rapprocher la prise en charge des patients de leur domicile. Prenant le cas des patients parisiens envoyés en SSR en grande couronne (évalué à 20% des patients en SSR en grande couronne), elle envisage le rapatriement des lits correspondants dans Paris. C’est le cas pour l’ouverture de Rothschild, au dépend de lits prélevés sur Joffre-Dupuytren (68), Georges Clemenceau (37), et Charles Foix (85) (soit un total de 190 lits prélevés). La démarche envisagée serait comparable pour l’ouverture à venir de Corentin Celton, sans que les prélèvements soient encore précisés. L’arrêt progressif sur 3 ans du recrutement de patients parisiens en grande couronne aboutirait à un gain de lits dans les hôpitaux concernés de 166 lits, dont 75 sur Joffre-Dupuytren,
  • augmenter l’attractivité de la gériatrie pour les médecins et le personnel non médical, et développer sa dimension hospitalo-universitaire,
  • créer des filières gériatriques complète sur chaque Groupe Hospitalier,
  • adapter la dimension et la répartition de l’offre de soin aux besoins du terrain.


Les arguments opposés concernent :

  • la sur-évaluation du nombre de patients parisiens dans les SSR de grande couronne. De fait, leur proportion est proche de zéro depuis quelques années, les chiffres de l’AP-HP semblant dater d’une époque antérieure ou inclure des patients parisiens retransférés vers l'AP-HP par des SSR extérieurs en bout de prise en charge (c'est-à-dire à l'issue de la durée de séjour butoir qu'ils se sont donnée),
  • l’absence de comparaison possible entre la DMS à l’AP-HP et dans les structures non AP-HP du fait de leur liberté de sélectionner à l’entrée les patients les moins lourds, et de leur habitude d’adresser les patients atteignant la limite de la durée de séjour vers les SSR de l’AP-HP,
  • la contradiction entre l’objectif de réduire la durée de séjour en SSR et celui de réduire la capacité d’accueil des SLD pouvant les accueillir,
  • les perspectives démographiques prévoyant une stabilité dans les années à venir de la population gériatrique parisienne mais surtout une croissance massive de celle de grande couronne, particulièrement en Essonne,
  • la contradiction entre le désir de rendre la gériatrie attractive et la réalité d’une inquiétude sur l’avenir à court terme des personnels.

dimanche 28 mars 2010

Manifeste pour une Santé Publique Militante : Joffre-Dupuytren à nouveau à la pointe de la réflexion d'anticipation


Toujours aussi déterminée à mettre sa capacité imaginative au service des décideurs du service public de santé confrontés à sa nécessaire évolution sous contrainte, la Think Tank de l'Hôpital Joffre-Dupuytren s'adjoint pour l'occasion la participation du Dr Sylvain Etiret qu'elle remercie chaleureusement de lui permettre de reproduire ici le texte intégral de son "Manifeste pour une Santé Publique militante". Publié fin 2006 dans le débat ayant précédé la campagne pour les élections présidentielles de 2007, ce texte fondateur conserve, dans le contexte actuel de contraintes financières grandissantes, une acuité et une profondeur ouvrant des voies de réflexion insoupçonnées.

"La prise en compte des données de la Santé Publique constitue une des particularités de l'évolution sociale de ces dernières décennies. Ainsi, les préoccupations face aux causes de décès et à leurs déterminants potentiellement évitables sont devenues au fil des ans des thèmes abordés de plus en plus directement par le discours politique et l'action publique.

Par ailleurs, la détermination de déterminants dans l'apparition de pathologies s'est progressivement muée en une tentative de mise en évidence de causes responsables de ces pathologies, avec le double objectif d'éviter les décès qui pouvaient leur être imputés et de diminuer le coût social de leur prise en charge par la collectivité. Sont ainsi apparus des indicateurs divers traduisant cette évolution : dans l'évaluation de l'efficacité des médicaments, des indicateurs du type « nombre de vie sauvées » ; dans le suivi épidémiologique de l'état de santé de la population, des indicateurs du type « nombre de journées d'hospitalisation » ou « nombre de décès liés à tel facteur de risque » (et non plus « liés à telle pathologie »).

Enfin, avec l'apparition d'un « principe de précaution », puis sa promulgation à hauteur d'une valeur constitutionnelle, les notions de fatalité, de risque, ont progressivement déserté le discours officiel en matière de santé. Les anciennes politiques de Prévention Routière devenaient ainsi par exemple des politiques de Lutte contre la Violence Routière. Simultanément, le risque, devenant l'ennemi sur le terrain de la santé, devenait paradoxalement une vertu en matière économique, avec un discours vantant chez les entrepreneurs l'initiative, l'indépendance, et le « goût du risque ».



Produit direct de cette évolution, la politique de santé publique s'est de plus en plus attachée à la lutte contre le risque dans un certain nombre de pathologies identifiées ou présentées comme exemplaires. Parmi ces grandes causes, parfois portées au rang de Grande Cause Nationale, on a ainsi pu assister à une mobilisation contre les accidents de la circulation, le tabagisme, les noyades en piscine privée non surveillées, plus récemment contre l'obésité, les accidents domestiques, les comportements addictifs, la consommation d'alcool.

Dans tous les cas, la démarche suit des axes de développement comparables et s'appuie sur un argumentaire similaire. Les différents piliers de cet argumentaire, bien que communs, ne sont pas nécessairement soulignés et étayés dans chaque cas avec la même force. Ils demeurent néanmoins présents, chacun plus ou moins développé selon les circonstances, dans les campagnes orchestrées sur ces thèmes.

Le premier de ces piliers porte naturellement sur les conséquences de la pathologie en cause sur la santé de l'individu concerné, avec à la clé son expression à l'échelle collective en termes de mortalité : la route tue tant de chauffards par an ; le tabac tue tant de fumeurs par an ; …


Le second pilier est constitué par les conséquences de la pathologie sur les individus qui n'en sont pas directement responsables : les chauffards tuent tant de victimes innocentes par an ; le tabagisme passif abat tant de non fumeurs par an ; …

Le troisième pilier est celui des conséquences sociales de la pathologie examinée : le tabac, la route, la grippe, coûtent tant de journées d'hospitalisation et tant de journées d'arrêt de travail par an (c'est-à-dire tant de journées de prestations sociales).

Le quatrième pilier consiste en la définition des facteurs modifiables parmi les causes de la pathologie concernée : le tabagisme ou la consommation d'alcool en tant que comportements individuels ; la non-vaccination de certains en tant que facteur de propagation de la grippe ; …


Le cinquième pilier tient dans la désignation des responsables des conditions d'apparition de la pathologie en cause : les fumeurs, les consommateurs d'alcool, les personnes non vaccinées contre la grippe, les propriétaires de piscines privées non surveillées, …

Le sixième pilier enfin concerne la mise en place de mesures d'incitation douce, puis forte, puis d'obligation, visant à faire cesser les comportements responsables de la survenue de la pathologie en question : hausse du prix du tabac, puis création de zones protégées des émanations de tabac, puis limitation de sa consommation à des zones restreintes, puis interdiction de sa consommation dans les lieux publics fermés ; renforcement des limitations de vitesse, puis des peines encourues en cas d'infraction, puis pénalisation des infractions les plus marquées ; …

Le cheminement suit ainsi un parcours bien tracé dans un ordre quasi immuable : information, inquiétude, culpabilisation, réprobation, exclusion, sanction.

Si la logique d'une telle progression ne fait aucun doute, il doit être néanmoins permis de souligner certaines de ses insuffisances dont la prise de conscience, même s'il fait peu de doute que le temps lui permettra d'intervenir, gagnerait en rapidité si elle était un tant soit peu théorisée. C'est évidemment l'objectif de la présente réflexion. En effet, la lenteur de cette démarche témoigne de son caractère d'improvisation même si sa décantation avec le temps a permis d'en mieux cerner les contours et les lignes de force. Le gain de temps obtenu par le fait de comprendre sa logique autorisera à en tirer le plus rapidement les conséquences les plus précises, à en discerner les prolongements les plus prometteurs, à en anticiper l'éventuelle éclosion, et ainsi à sauver un nombre incalculable de vies.

Dans cet esprit, une première remarque consisterait à noter qu'aucune assurance n'accepte de couvrir les conséquences d'une dégradation volontaire des biens assurés. A-t-on vu une assurance habitation couvrir les dégâts d'un incendie volontaire ? A-t-on vu une assurance vie indemniser des bénéficiaires après un suicide ? Ne serait-il dès lors pas légitime que les dégâts occasionnés à sa propre santé du fait d'un comportement imprudent ou négligent soient exclus des risques couverts par une assurance sociale ? La large disponibilité du vaccin anti-grippal ne doit-elle pas faire s'interroger sur la justification de la prise en charge des frais de santé occasionnés par une grippe chez un individu dont la négligence, voire l'entêtement, lui a fait refuser le vaccin ? Si, dans le plus strict respect de la liberté individuelle reconnaissant à chacun le droit de soumettre sa santé ou sa vie aux risques les plus extrêmes, on peut comprendre des choix personnels variés, il est tout à fait discutable que de tels comportements doivent faire subir le poids de leurs conséquences à la solidarité publique. Poussant encore les choses, il est permis de s'interroger sur la réelle légitimité de la prise en charge des soins occasionnés par une tentative de suicide, exemple extrême de l'attentat volontaire choisi par un individu contre sa propre santé.


Bien plus. Imagine-t-on une assurance qui, contrainte d'indemniser la victime innocente d'un accident dont le responsable est identifié, ne se retournerait pas contre ce responsable pour s'en faire rembourser le coût des indemnités versées à la victime ? L'assurance maladie ne serait-elle dès lors pas en droit de réclamer aux fumeurs de son entourage le remboursement des frais de santé pris en charge pour la victime d'un tabagisme passif ? La prise de risque choisie par une femme de quarante ans s'engageant dans une grossesse doit-elle être financée par la collectivité quant aux soins qui devront être prodigués sa vie durant à l'enfant trisomique qui viendrait à naître ?

La seconde remarque de cette réflexion pourrait porter sur la liste des pathologies dont les causes sont identifiées et relèvent en grande partie de choix de comportements individuels, choix dont les conséquences en termes de santé publique ne sont pas négligeables. Qu'il soit donc là aussi permis de s'interroger sur une responsabilité personnelle, donc ne justifiant pas une quelconque solidarité de la collectivité, devant la survenue, pêle-mêle :

- d'un cancer du col de l'utérus chez une femme ayant multiplié les partenaires sexuels,- d'un cancer du sein chez une femme dont l'imprévoyance lui a fait repousser tardivement sa première grossesse voire même y renoncer sans raison légitime,

- d'une rubéole congénitale chez l'enfant d'une femme qui n'a pas eu la prévoyance de s'en prémunir par une simple vaccination,- d'un cancer du colon chez un individu qui a négligé de manger plusieurs sortes de légumes ou de fruits chaque jour,

- d'une grippe chez un non vacciné (sauf allergie prouvée),
- d'un coma hyperosmolaire chez un diabétique après un écart de régime,

- d'une entorse de cheville chez un pratiquant du football,


- d'une fracture du col du fémur chez une femme ménopausée sans traitement substitutif,

- d'une maladie cardio-vasculaire chez une personne ne pouvant attester d'une alimentation à base d'huile d'olive et d'une consommation de mayonnaise sans abus,

- d'une noyade chez un individu adulte ayant négligé d'apprendre à nager,
- …

A toute fin utile, et dans le but d'optimiser la détection des prises de risque inconsidérées afin à la fois de renforcer le pilier culpabilisation décrit plus haut et d'éviter une charge financière indue à la collectivité en repérant les comportements déviants, on pourra utilement relire l'argumentaire d'un rapport sur les causes de décès du Haut Comité à la Santé Publique qui, dans son chapitre consacré à l'alcool au volant, signalait qu'en 1995, 30% des responsables d'accident avaient une alcoolémie supérieure au taux légal. Qu'il suffise ainsi d'observer que, comme c'est la tendance, la simple diminution de ce taux légal aurait comme effet mécanique d'augmenter la proportion de conducteurs sous l'emprise de l'alcool. A l'extrême, le fait de ramener ce taux à zéro permettrait de porter à 100% la proportion détectée de conducteurs ivres, laissant dès lors chacun face à ses responsabilités morales mais également financières de chauffard et de délinquant. En cela, l'argumentaire du HCSP n'est pas sans rappeler ce qui avait pu de prime abord passer pour une boutade dans un message publicitaire prémonitoire de la Française des Jeux : « Loto : 100% des gagnants ont tenté leur chance ».


A une époque où d'une part les mentalités sont de plus en plus ouvertes à la promotion des valeurs d'autonomie et de responsabilité individuelle, et d'autre part les ressources disponibles à l'affectation sur le domaine de la santé sont de plus en plus comptées, les esprits semblent désormais prêts à entendre le discours d'une Santé Publique militante et citoyenne. C'est dans la définition claire et transparente des priorités de santé publique selon le rang des causes de décès, puis dans la juste affectation des ressources disponibles à ces priorités selon qu'elles concernent des pathologies évitables ou non, qu'elle démontrera sa place éminente au sein d'une société qui se sera donné comme plus noble objectif de faire reculer la mort pour un coût raisonnable.

En ces temps de campagne électorale, nous proposons donc d'alerter les différentes formations politiques et leurs candidats sur le plus prioritaire de ces fléaux de santé publique grevant tant l'espérance de vie que le budget de la nation que sont les maladie cardio-vasculaires. A titre de mesure immédiate et symbolique dès la prise de fonction du prochain Président de la République, et compte tenu de sa haute teneur en cholestérol et de son potentiel pathogène majeur, nous réclamons la mise en place d'un plan de lutte vigoureux et volontaire contre la mayonnaise et ses dérivés : interdiction totale et immédiate de toute publicité, interdiction de sa délivrance dans les officines de restauration collective accueillant des mineurs, taxation de 300% sur le prix au détail, introduction d'une clause d'exclusion dans les contrats d'assurance vie concernant les consommateurs réguliers, ouverture à titre dérogatoire des avis de la CNIL d'un fichier d'identification croisé inter-administration avec connexion automatique à toute base de donnée privée existante pour l'identification des usagers réguliers, ouverture d'un registre national des lieux de vente autorisés à en assurer la vente au public sous contrôle d'une Haute Autorité indépendante, extension des missions des Brigades de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants aux produits illicites définis par cette Haute Autorité, en vue d'une interdiction totale et absolue de production, de vente, et de consommation à échéance de 3 ans sur l'ensemble du territoire national et à échéance de 5 ans sur l'ensemble du territoire européen.


De l'engagement des forces politiques dans cette bataille salutaire dépendra le jugement que les électeurs, mais également l'Histoire, porteront sur l'action de ceux qui aspirent à devenir nos responsables et qui, faute d'y souscrire, porteront devant la nation et l'Humanité la lourde responsabilité de n'être pas intervenus lorsqu'il en était encore temps. La Santé Publique Militante se tient à l'avant-garde de ce combat. Il revient à chacun d'entre nous d'en porter la conviction à tous les niveaux de la société."

L'AP-HP porte plainte pour les rétentions de directeurs

Rapporté dans Le Monde, Le Figaro, et l'Humanité, l'AP-HP et 8 de ses cadres de trois hôpitaux différents ont porté plainte le 25/03/10 pour les rétentions de directeurs qui se multiplient depuis quelques jours. De fait depuis le 12/03/10, les hôpitaux Emile Roux, Joffre-Dupuytren, Charles Foix, Cochin, Avicenne et René Muret ont vu leurs directeurs retenus par les personnels en quête de discussions véritables avec une direction semblant fermée au dialogue.

Comment en est-on arrivé à une telle situation, dans laquelle seul le poing sur la table parait pouvoir attirer l'attention des interlocuteurs ? Jusqu'à ce que même la table soit un jour ôtée ?

La brutalité des décisions, leur caractère ressenti comme inapproprié aux réalités de terrain, leur motivation comprises comme comptable avant d'être soucieuse de l'efficacité du service public, les promesses non tenues, l'impression que les négociations ne servent qu'à gagner du temps pendant que des décisions continuent à se prendre, la distillation des informations au compte-goutte jusqu'à la découverte à la dérobée de la réalité d'un plan d'ensemble encore plus éprouvant qu'attendu, des épées de Damoclès à répétition dont on ne parvient pas à voir combien elles seront au bout du compte, ... autant de raisons évidentes du malaise généralisé.

Sans compter le contexte général de crise financière, l'angoisse de chacun devant son avenir immédiat, un sentiment d'improvisation ou d'ouverture dispendieuse de parapluies en matière de santé, ... qui érodent à chaque pas le peu de confiance qui restait.

Sans compter la désorganisation induite par la répétition trop récente des réformes dans la "gouvernance" du système hospitalier, les annonces successives de pseudo sauveurs du système qui veulent tout mettre à plat en laissant à penser qu'ils vont surtout tout mettre à bas, l'abus de la technique prévisionnelle du "vous avez finalement pu faire avec les 10% qu'on avait retirés l'an dernier, vous allez donc essayer de faire avec 10% encore en moins", ... qui ont fait de l'hôpital (aussi) un terrain de jeu des expérimentateurs des grands principes de la Gestion par le Stress.

Mais au-delà de la question de savoir comment on en est arrivé là, la seule question qui vaille vraiment serait plutôt de savoir comment on sort de cette pagaille.

Les esprits simples, les gens de bon sens, les naïfs, diront : et si on essayait de corriger le tir, et d'arrêter tous ces facteurs d'instabilité ? Les stratèges, les maitres du management, les experts de la gestion de crise, les gestionnaires par le stress, diront : rien du tout, c'est justement ce qu'on voulait.

Allez savoir qui de ces deux écoles aura le dernier mot ...

Début des réunions de négociation au Siège de l'AP-HP

Les réunions de négociations au Siège de l'AP-HP faisant suite au mouvement du 12/03/10 ont débuté le 26 Mars, avec comme premier sujet abordé "Gériatrie, SSR gériatrique et spécialisé. Les médecins présents à titre "d'experts" communiquent leur compte rendu de cette réunion.

Enfin les choses commencent à se dire ..., même si le DG n'était présent qu'en ouverture de la réunion, et qu'il a laissé discuter les représentants de la Direction de la Politique Médicale pour la suite.

De son côté, l'AP-HP diffuse sa vision de cette réunion dans son Webzine du 26/06/10.

Outre les prochaines réunions sur les autres thèmes retenus, un second round est prévu, avec reprise du sujet sur la gériatrie et le SSR le 08/04/10, avec cette fois-là le présence du Directeur Général, M. Benoît Leclercq.

vendredi 26 mars 2010

Vécu de l'intérieur : Suivi des échanges

Devant une situation qui se complique et qui peut devenir difficile à suivre pour ceux qui n'y sont pas quotidiennement mêlés (et ce n'est déjà pas commode pour ceux qui y sont mêlés ...), le plus simple était peut-être de rendre accessible le fil des évènements tels qu'ils sont vécus directement de l'intérieur.



D'où l'idée de présenter ici le suivi des échanges par email entre les membres du Collectif de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren. N'ont été omis que les quelques messages peu significatifs relativement annexes. La quasi intégralité des messages retenus a été conservée. Pour l'essentiel, ont été introduites quelques corrections de forme pour clarifier certaines formulations, ainsi qu'une certaine anonymisation destinée à conserver le caractère collectif de l'entreprise.

lundi 22 mars 2010

Actualité : Georges Tron, le Maire de Draveil, entre au gouvernement


Ca n'a peut-être pas grand chose à voir avec le sujet, mais juste pour information, Monsieur Georges Tron, Député-Maire de Draveil, vient d'être nommé au gouvernement en tant que Secrétaire d'Etat à la Fonction Publique, à l'occasion du remaniement faisant suite aux élections régionales.
-
Il est encore un peu tôt pour répondre à cette question, mais on peut se demander si, et dans ce cas de quelle manière, cette nomination pourra ou non interférer dans les négociations qui s'engagent au sein de l'AP-HP, et plus particulièrement concernant l'avenir de l'Hôpital Joffre-Dupuytren dont Monsieur Georges Tron est jusqu'à présent Président du Conseil de Surveillance.

Le progrès du progrès : le Groupe Hospitalier

La création des Groupes Hospitaliers, et en ce qui nous concerne le GH Henri Mondor qui associe les hôpitaux Henri Mondor, Albert Chenevier, Emile Roux, Georges Clémenceau, et Joffre-Dupuytren, suppose une information des instances consultatives locales de chaque hôpital. Le document préparatoire à cette présentation est consultable ici. Il donne une idée de la place et de l'image que notre futur Groupement Hospitalier se fait de la gériatrie et des hôpitaux gériatriques.

A titre préliminaire, il faut noter que ce sont l'information et l'expression d'un avis qui sont imposées dans cette démarche, nullement le fait que cet avis soit favorable.

A titre de commentaires, on peut souligner :

- le projet de recherche d'efficience dans un certain nombre de domaines : la Biologie, les Pharmacies à Usage Intérieur (PUI), l'Information Médicale (SIM), l'Equipe Opérationnelle d'Hygiène Hospitalière (EOH). Cette recherche d'efficience passe explicitement, pour la Biologie, par l'unification d'un plateau de Biologie sur Henri Mondor. L'avenir réservé localement aux Pharmacies, aux SIM (en responsabilité du fameux PMSI), aux EOH, n'est pas d'avantage précisé, même s'il est inévitable de craindre qu'il ne prenne modèle de celui réservé à la Biologie.

- le projet médical en termes de gériatrie met en bonne place la constitution de "filières d'aval simplifiées et identifiées", avec la création d'une "Commission Fluidité et Performance" devant contribuer à améliorer les parcours des patients et à diminuer la durée moyenne de séjours en particulier en SSR,

- il reconnait la particularité de la polypathologie chez les personnes âgées et l'existence de prises en charges spécifiques (Oncogériatrie, Soins Palliatifs, Nutrition, Neurologie et Psychogériatrie)

- apparaissent également mention d'Unités Cognitives Comporementales à créer, et du besoin de renforcement des liens avec les réseaux,

- la réduction de la durée de séjour en SSR semble être une préoccupation majeure du projet gériatrique du Groupe Hospitalier, dans la mesure où elle est même mentionnée une seconde fois en quelques lignes, dans le chapitre concernant les enjeux du SROS de 3ème génération,

- on trouve par ailleurs aussi un petit mot concernant la recherche et l'enseignement en gériatrie.

- le projet concernant le SLD mentionne uniquement une nécessité "d'Humanisation",

- le tout pour permettre d'obtenir une "labellisation des filières gériatriques".

Autrement dit, et à quelques détails près, et avec le support d'une intendance centralisée, les hôpitaux de gériatrie du Groupe Hospitalier ont vocation à désengorger les services d'aigu de Mondor, et dans une moindre mesure d'Albert Chenevier, pour peu qu'ils ne constituent pas un goulot d'engorgement secondaire, donc qu'on leur fluidifie leur propre aval vers la sortie avec des réseaux habitués ou vers un SLD qu'il faudra bien humaniser.

Les progrès du progrès ne manquent pas d'avenir.

samedi 20 mars 2010

Parole et musique

Depuis quelques temps le quotidien sonore de l'Hôpital Joffre - Dupuytren a pris des couleurs inhabituelles. Parmi les chansons revenant régulièrement dans ce paysage, l'une d'entre elles, par sa fréquence de récurrence plus marquée que les autres, a pu prendre une valeur peut-être emblématique du mouvement de protestation.



« Hasta siempre » est due à un auteur cubain et a fait le tour du monde. Carlos Puebla (1912 – 1989) l'a écrite en 1965, deux ans avant la mort de celui qu'elle célèbre. Elle a depuis été l'objet de moultes reprises. Outre sa mélodie, si son texte en version originale lui confère une harmonie particulière, il risquait de rester hermétique aux auditeurs peu familiers de la langue de Cervantes. D'où l'idée d'en publier ici une traduction, en remerciements pour l'investissement de chacun dans l'ampleur de la protestation.



Hasta siempre (en VO)

Aprendimos a quererte
Desde la historica altura
Donde el sol de tu bravura
Le puso un cerco a la muerte
-
Aqui se queda la clara
La entrañable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara
-
Tu mano gloriosa y fuerte
sobre la historia dispara,
cuando todo Santa Clara
Se despierta para verte
-
Aquí se queda la clara,
La entrañable transparencia
De tu querida presencia,
Comandante Che Guevara
-
Vienes quemando la brisa
Con soles de primavera
Para plantar la bandera
Con la luz de tu sonrisa
-
Aqui se queda la clara
La entrañable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara
-
Tu amor revolucionario
Te conduce a nueva empresa
Donde esperan la firmeza
De tu brazo libertario
-
Aqui se queda la clara
La entrañable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara
-
Seguiremos adelante
Como junto a ti seguimos
Y con Fidel te decimos
Hasta siempre comandante




Hasta siempre (en VF)

Nous avons appris à t’aimer
Depuis la hauteur historique
Où le soleil de ta bravoure
T'a conduit près de la mort
-
Ici, se tient la clarté
La tranparence profonde
De ta chère présence
Commandant Che Guevara
-
Ta main glorieuse et forte
Fait feu sur l'histoire
Quand tout Santa Clara
S'éveille pour te voir
-
Ici, se tient la clarté
La transparence profonde
De ta chère présence
Commandant Che Guevara
-
Tu viens, brûlant le vent
Aux soleils du printemps
Pour planter le drapeau
Avec la lumière de ton sourire
-
Ici, se tient la clarté
La transparence pofonde
De ta chère présence
Commandant Che Guevara
-
Ton amour révolutionnaire
Te conduit vers un nouveau projet
Où l’on attend la fermeté
De ton bras libérateur
-
Ici, se tient la clarté
La transparence profonde
De ta chère présence
Commandant Che Guevara
-
Nous continuerons encore
Comme à tes côtés nous avançons
Et avec Fidel nous te disons
Avec toi pour toujours, commandant

Actualité : libération du Directeur de Joffre-Dupuytren

Monsieur Younes Benanteur, Directeur du site de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, a été libéré le 19/03/10 à 19h de la salle de réunion dans laquelle il était retenu par l'Intersyndicale depuis 13h30, après que M. Benoit Leclercq, DG de l'AP-HP, ait adressé la promesse écrite de se rendre à l'hôpital Dupuytren pour rencontrer les représentants du personnel. Rendez-vous a été pris pour le 25 Mars à 15h30.

Cette rétention de directeur d'hôpital était la troisième à l'AP-HP après celles des hôpitaux Emile Roux (Limeil-Brevannes) et Charles Foix (Ivry-sur-Seine), depuis l'occupation du Siège de l'AP-HP du 11 au 12 Mars 2010.

vendredi 19 mars 2010

Actualité : le Directeur de Site de l'hôpital Joffre-Dupuytren séquestré pas l'Intersyndicale

Monsieur Younes Benanteur, Directeur de Site de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, à l'issue d'une réunion avortée avec les représentants du personnel, est retenu dans une salle de réunion de l'hôpital depuis ce jour. Ayant déclaré n'être pas mandaté pour ouvrir des négociations, sa séquestration immédiate a été décidée dans l'attente d'un rendez-vous avec Monsieur Benoit Leclercq, Directeur Général de l'AP-HP, avant le 26/03/10, date de la réunion centrale du DG avec les organisations syndicales faisant suite au mouvement du 12 Mars et devant être consacrée à la Gériatrie et au SSR gériatrique.
-
L'Intersyndicale demande que cette rencontre ait lieu en présence de l'Intersyndicale, du Collectif Médical de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, et de Monsieur Georges Tron, Député-Maire de Draveil et Président de la commission de surveillance.
Monsieur Odon Martin-Martinière, DRH du Groupement Hospitalier de Henri Mondor, dépêché sur place, a pris note de ces revendications et du fait qu'en l'absence de réponse par fax avant ce soir, Mr Benanteur passerait la nuit sur place.

jeudi 18 mars 2010

18 Mars 2010 : Manif à Draveil


L'hôpital Joffre-Dupuytren, premier employeur de la commune de Draveil, est de sortie sur la voie publique avec le soutien de plusieurs élus pour exprimer son inquiétude et ses revendications devant les restructurations et les fermetures de lits annoncées à l'AP-HP et sur le site (encore merci à Franck pour les photos).
Des élus de Draveil aux premiers rangs de la marche
Mêmes les médecins battent le pavé
Stationnement autorisé pour les Services Médicaux devant la Mairie : une chance !

mercredi 17 mars 2010

Vrai-faux limogeage du DG de l'AP-HP : la fin de l'histoire

Le mystère du vrai-faux limogeage de Monsieur Benoit Leclercq de son poste de Directeur Général de l'AP-HP commence à s'éclaircir, avec un article d'Eric Favereau sur son blog sur le site de Libération.fr : Assistance Publique de Paris, on cherche le patron ... En substance, la décision semble bien avoir été prise à la va-vite au niveau des conseillers de la Présidence à l'Elysée, dans la panique devant les évènements et la révolte du personnel de l'AP-HP. Dans l'urgence et sans en avertir le Ministère de la Santé qui tombe des nues lorsque confirmation de la rumeur lui est demandée. Dans un second temps, l'hésitation prévaut et un démenti tombe finalement aussi de l'Elysée.

L'explication de ce revirement n'est cependant pas claire, mais il est difficile de s'ôter de l'idée quelque chose du genre : "Il a fichu une belle pagaille et on le ferait bien sauter. Mais c'est la dernière ligne droite avant que les restructurations irréversibles soient gravées dans le marbre. Alors finalement, c'est sans doute mieux de le laisser prendre les derniers coups de la bagarre et de ne retirer les marrons du feu que juste après qu'il soit passé en force". L'histoire du fusible qui doit sauter quand ça chauffe trop, mais que, grillé pour grillé, on essaie de faire tenir malgré tout le plus longtemps possible. Et c'est d'ailleurs bien le sentiment qu'on a à la lecture de l'interview accordée à l'APM par Monsieur Pierre Coriat, Président de la CME et membre du Conseil Exécutif de l'AP-HP.

Voilà pour la petite histoire dont on mourait d'envie d'apprendre le fin mot. Encore qu'on puisse douter que les choses se limitent à une question de personne.

mardi 16 mars 2010

Quand des Sénateurs de l'Essonne s'en mêlent !

Après le lettre de Madame Claire-Lise Campion, Sénatrice de l'Essonne, à Madame Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé, pour soutenir les revendications du Collectif Médical de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren et pour s'inquiéter des perspectives de l'organisation sanitaires dans le département, le CMDJD a reçu un courrier de Monsieur Bernard Vera, Sénateur de l'Essonne, qui a le même objet, et auquel est jointe la lettre de Monsieur Vera à Madame Bachelot-Narquin.

La stratégie du salami

Al Fredo se lâche ! Avec un second article dans la foulée, et en proposant un scénario catastrophe pas si loin que cela d'être crédible. En tout cas, la première partie est basée sur des faits réels, comme on dit à Hollywood ...
---------
Si d'autres membres du Collectif Médical de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren ont la plume qui les démangent, ils sont naturellement également les bienvenus ici.
-----------
Tout en pensant à mes parallèles stupides, m’en venait un autre. Je pensais aux P&T, devenues ensuite les PTT, puis France Télécom.

D’abord organisme d’Etat (ancienne Direction Générale des P&T, rattachée au ministère de la communication) puis transformée en Société Anonyme 100% appartenant à l’Etat (« simple changement de statut, n’y voyez pas une prochaine privatisation ») puis détenue en majorité par l’Etat (« simple ouverture du capital, pour faire entrer des partenaires privés, n’y voyez pas une privatisation ») puis avec un Etat actionnaire minoritaire (« simple augmentation de capital, dans lequel l’Etat passe sous les 50%, n’y voyez qu’une privatisation de plus »), je repensais à la stratégie du salami, imaginée au sortir de 1945 en Hongrie : « tranche après tranche, afin qu’il ne reste plus rien… »

Première tranche : 68 lits de SSR ferment à Dupuytren. Soit deux étages. Soit 20% de la capacité d’accueil total.

Deuxième tranche : Fermeture du labo de biologie.

Troisième tranche : Baisse subséquente de l’activité. Au moins 20%, pour être cohérent. Probablement plus, car avec la fermeture du laboratoire sur site, adieu les examens en urgence, la prise en charge de maladies lourdes, nécessitant des résultats urgents, etc. Réaction immédiate de l’autorité centrale : Baisse d’activité = baisse des crédits.

Quatrième tranche : Avec moins de crédits, l’hôpital tente de survivre. Mais cela coûte encore trop cher. D’autant que deux étages non utilisés, ca coûte cher, malgré tout. En tout cas, ça ne rapporte rien. Décision de fermer trois autres étages, pour limiter les coûts. (on peut se le permettre, la fermeture des deux premiers est passée comme une lettre à la poste pour la même raison)

Cinquième tranche : 2+3 = cinq étages soit tout un bâtiment fermé. D’autant plus inutile qu’il ne rapporte rien. Décision de ne pas construire le nouveau bâtiment Castor, qui coûte trop cher, et d’utiliser ce grand bâtiment vide. Installation des USLD dans ce bâtiment. Réduction du nombre de lits du projet au passage.

Sixième tranche : Bâtiment des USLD peu rentable. Sous dimensionné, d’une part (moins de lits que prévus par rapport à Castor) et pas assez de lits de SSR en amont (on commence à voir l’intérêt de fermer d’abord le SSR). Fermeture de ce qui reste. Revente des bâtiments à une clinique privée.

Septième tranche : défaite par forfait de l’AP-HP ; qui déserte. Ouverture d’une clinique gériatrique sur deux bâtiments, probable construction d’un troisième, avec des tarifs légèrement supérieurs. Sélection des patients rentables. Rachat du siège de l’AP-HP Avenue Victoria par le grand groupe propriétaire de la clinique privée pour y faire leurs bureaux. L’hôpital parisien Rothschild commence par fermer son premier étage et son labo. Comme il a été entièrement rénové deux ans plus tôt (comme Dupuytren avant lui), le grand groupe de l’Avenue Victoria commence à s’intéresser à ces si beaux bâtiments …

On ferme !

Un nouveau collaborateur du blog, Al Fredo, membre également du Collectif Médical de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren, se joint à Jo Dupuytren pour s'exprimer ici. Ca fait du bien, du sang neuf, et une verve renouvelée.
----------------
La santé coûte cher. Voilà le problème. La solution ? Fermer des lits, pardi !

Je me suis mis à rêver que cette solution pourrait s’appliquer à d’autres secteurs.

Imaginons certaines fonctions régaliennes. Par exemple, l’Education.

Après tout, il suffit de fermer quelques classes, diminuer le nombre de professeurs, quitte à surcharger çà et là quelques classes, fermer quelques écoles de petits villages connus de personne, et zou !, quelques millions grappillés. Je suis certain que quelques économistes pourront doctement nous expliquer qu’il est très intelligent de réduire l’offre d’éducation afin de réduire automatiquement, et consécutivement la demande d’éducation, et par conséquent, son coût. Fermons, fermons, il en restera bien quelque chose. Ca vous semble absurde ? C’est pourtant exactement ce qui se passe en vrai.

Mauvais exemple, prenons-en un autre. La Justice ? Encore une fonction régalienne.

Ca coûte trop cher, ça aussi. Imaginons qu’il suffirait de fermer quelques tribunaux à droite et à gauche. Quelques cours d’Appel de province, ca ne devrait pas trop se voir. Des greffes, aussi. Ajoutons-y pour faire bonne mesure quelques tribunaux d’Instance. Bon, bien sûr, les listes d’attente vont encore s’allonger, mais quand on voit les délais du train de la justice, quelques mois en plus ne devraient pas changer la donne. Qu’importe si la réforme a été menée sans concertation, les décisions prises centralement très loin de leur exécution, on emballe le tout sous le terme de réforme de la carte judiciaire, ça va passer, personne ne protestera. Sans compter que là encore, la réduction de l’offre de justice va mathématiquement réduire le besoin de justice, non ? Ca semble absurde ? Et pourtant, c’est ce qui se passe, en vrai.

Mauvais exemple. Essayons encore. Le service public de la Poste, tiens.

Voilà un machin bien mal fichu. 36000 communes, un bureau de poste dans chacune d’entre elles. Que de gaspillage. On ferme ! On restructure ! Si mamie 80 ans veut retirer 80 euros, qu’elle aille 80 km plus loin. Ou qu’elle aille dans ce point service de proximité, tenu par l’épicier du village, qui sera certainement très heureux de lui faire crédit pour manger en fin de mois, connaissant le maigre pécule qui reste sur le compte qu’il vient de consulter. La désertification des campagnes est un fait, accentuons-la. Rassurez-moi, c’est absurde ? C’est ce qui a été fait, en vrai.

Je ne prends que de mauvais exemples. Mais la Santé, en voilà un bon, non ?

C’est vrai qu’avec une population qui vieillit, fermer des lits de gériatrie tombe sous le sens. C’est vrai que là encore, réduire l’offre de soins, c’est réduire la demande : moins de petits vieux hospitalisés, c’est plus de petits vieux en bonne santé ! Ce qui se passe actuellement à l’hôpital n’est que la transcription de ce qui se passe dans les autres secteurs du service public. Un désengagement progressif, non pour une meilleure qualité, ni pour une meilleure efficience, mais seulement pour un coût plus bas. C’est absurde, et c’est en vrai.

Actualisation

Voir l'actualisation de 2 messages antérieurs : Journal des évènements et Revue de Presse

dimanche 14 mars 2010

Images du 12 Mars


Une petite sélection d'images de la manifestation du 12/03/10 devant le Siège de l'AP-HP (Merci à Franck pour les photos) :



Une présence unitaire



Aussi du Collectif Médical de Défense de l'Hôpital Joffre-Dupuytren



Le siège du Siège


Quand la Maréchaussée s'en mêle



Des élus qui pleurent après les gaz lacrymogènes

samedi 13 mars 2010

Revue de presse

Une petite revue de presse des événements des dernières 48 heures, qui sera enrichie ensuite selon l'actualité.

A lire :

10/03/10

- 20minutes.fr

11/03/10

- Le Point

- Lemonde.fr : Le directeur général de l'AP-HP aurait été limogé qui corrige, puis relance la rumeur sur le limogeage du DG de l'AP-HP

(j'inclus le texte intégral pour qu'il ne soit pas bloqué par un accès payant après quelques jours)

LEMONDE.FR 11.03.10 22h36 • Mis à jour le 12.03.10 11h09

Le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Benoît Leclercq, aurait été "viré", selon des informations rapportées, jeudi 11 mars, par le site Internet de Libération. Contacté par Le Monde.fr, le ministère de la santé dément l'information qu'il qualifie de "rumeur infondée".

"Mais, de sources élyséennes, c'est confirmé", précise le quotidien. M. Leclercq, 62 ans, est directeur général de l'AP-HP depuis 2006.

Cette décision intervient alors que des syndicats de l'AP-HP occupent actuellement et depuis la mi-journée son siège à Paris, afin de dénoncer les projets de restructuration de la direction. Une centaine de personnes se sont installées dans la salle de conseil du siège, situé près de l'Hôtel de Ville, dans l'intention d'y passer la nuit, à l'appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-SUD-Santé-CFTC.

Celle-ci demande l'arrêt immédiat de la fermeture de nombreux hôpitaux de l'AP-HP, du plan social de suppressions d'emplois, qu'elle chiffre à 5 700, et le maintien de l'offre de soins en Ile-de-France.

Le Monde.fr

12/03/10

- JDD 12/03/10 : Les locaux de l'AP-HP occupés

- Lemonde.fr : Manifestation houleuse devant le siège de l'AP-HP

- Lefigaro.fr : AP-HP : Le gouvernement a mis le feu

- Associated Press, repris plus ou moins intégralement dans :

- France2.fr

- Nicematin.com

- Lexpress.fr

- Leparisien.fr

- Lesteclair.fr

- Même à l'étranger : La libre Belgique Lalibre.be

- Lepoint.fr, avec en supplément Amplification de la contestation contre la restructuration

- Nouvelobs.fr, qui détaille sur trois articles : Le siège de l'AP-HP occupé à Paris, Le siège de l'AP-HP toujours occupé, et Fin de l'occupation du siège de l'AP-HP à Paris

13/03/10

- TF1 News

- Libération

15/03/10

- Décision Santé

17/03/10

- Libération

18/03/10

- Libération

- Nouvelobs.fr

20/03/10

- Libération

- L'Humanité, avec un dossier en plusieurs articles : L'équilibre des comptes ... (par Claude Evin), Le plan de l'AP-HP ... (par André Grimaldi, MDHP), Hôpitaux de Paris : vers l'asphyxie ?, L'état prêt à livrer le secteur médico-social au privé


21/03/10

- Libération

23/03/10

- Le Figaro

- Mediapart

25/03/10

- Lefigaro.fr

26/03/10

- 20minutes.fr

- Midinews.fr (AFP)

- Lemonde.fr

- L'Humanité

27/03/10

- Lefigaro.fr

02/04/10

- France3.fr

A voir :

11/03/10

- BFM TV : Le siège de l'AP-HP occupé par le syndicats, et Le personnel hospitalier en colère (le reportage tourné à Joffre-Dupuytren)

12/03/10

- LCI

- Itele

19/03/10

- Telessonne


vendredi 12 mars 2010

Petit essai de politique sanitaire–fiction : Joffre-Dupuytren à la pointe de la réflexion d’anticipation


Avertissement de la Rédaction : Ceci est une fiction d’anticipation. Personne n’a encore jamais avoué avoir conçu le type d’idées ou de projets décrits ci-après.


Une vieille histoire raconte que la SNCF ayant remarqué que, lors d’un accident de train, la plupart des victimes se trouvaient dans le dernier wagon, elle avait décidé de supprimer le dernier wagon de ses trains.

Un exemple à suivre par les gestionnaires de la santé publique : une bonne moitié des dépenses d’assurance maladie ayant lieu durant la dernière année de vie, il suffirait de supprimer cette dernière année pour diviser par deux les dépenses nationales de santé.




Une autre histoire raconte comment un savant s’étant mis en devoir de couper une à une les pattes d’une puce, et l’ayant vu de plus en plus difficilement répondre à l’instruction de sauter, en avait conclu que couper les pattes d’une puce la rend sourde.

Un exemple à méditer par les gestionnaires de la santé publique : éloigner les lieux de prise en charge des personnes âgées de leurs lieux de vie permettrait de réduire drastiquement les demandes de ces prises en charge.

En attendant des progrès suffisants de la médecine prédictive pour permettre la détection de la dernière année de vie, seule une approche statistique peut être en mesure d’aider nos gestionnaires dans leur quête de l’équilibre financier.

Ainsi, rendre la vie aussi insupportable que possible aux personnes âgées peut être vu comme une priorité budgétaire nationale : déremboursements divers limitant les possibilités d’apaisement de tous les maux du quotidien, retard dans le rattrapage du montant des pensions de retraite, culpabilisation des retraités devant le poids qu’ils font subir aux plus jeunes qui financent leurs pensions, éloignement et diminution du nombre des lieux de soins, … Toutes les idées sont bonnes à prendre, et ce d’autant plus qu’elles pénalisent prioritairement les personnes âgées, leur rogne le goût de vivre, donc réduisent leur capacité à atteindre cette fameuse dernière année de vie. Et cela sans compter les bénéfices financiers directs de telle ou telle mesure (déremboursements, montant des pensions, …).

Tout le problème est alors de faire en sorte que l’année qui précède la dernière année ainsi supprimée ne devienne pas ipso facto elle-même une nouvelle dernière année, avec son corrélat de dépenses de soins (la principale objection faîte à la SNCF dans son fameux projet « Dernier wagon »). Un vrai cauchemar de technocrate !

Un cauchemar ? Un défi, plutôt ! Car il ne faut jamais sous-estimer les capacités imaginatives de nos élites technocratiques, formées à l’excellence dans les meilleures écoles. Non plus que celles de Think Tanks par lesquels des experts judicieusement choisis peuvent venir en appui pour relever les défis les plus audacieux.


Réduire l’offre de soins aux plus âgés n’est évidemment qu’une partie de la façon de répondre au défi.

Une autre partie de la réponse se doit d’impacter réellement le coût des soins de la dernière année de vie (et l’on admirera au passage la maîtrise du vocabulaire managérial, gage de compétence dans ce domaine). Il ne peut évidemment être question de limiter ce coût a priori, question d’image, et d’ailleurs comment pourrait-on faire ? Mais puisque la dernière année de vie ne se définit en pratique qu’a posteriori, pourquoi ne pas demander alors remboursement des soins qu’elle a occasionnés. L’Aide Sociale avait bien lancé la technique en se remboursant des sommes versées sur la succession au titre de créancier prioritaire. Une simple extension de la technique aux soins de santé de la dernière année de vie aurait ainsi l’avantage de reprendre une méthode déjà acceptée sur son principe, techniquement bien rôdée, et d’une efficacité imparable.


Comment n’y avait-on pas pensé jusqu’à présent ? Tout simplement parce que les meilleures écoles administratives ont malgré tout leurs limites, et parce que nul n’avait encore songé à interroger la Think Tank de l’Hôpital Joffre-Dupuytren.

Amis technocrates, demandez et il vous sera répondu, en toute modestie.


A côté de cela, certaines dispositions de bon sens ne sont quantitativement que mesurettes pour l’image. Mais l’image est importante, et donc ce qui y contribue ne doit certainement pas être négligé.

Ainsi d’une idée primaire posant que puisque les besoins en soins de la population augmentent mécaniquement avec son vieillissement moyen, une part plus conséquente du budget national doit être consacrée à ce poste. Autrement dit, inutile de chercher la quadrature impossible du cercle : si l’ONDAM est insuffisant, la seule solution raisonnable est de l’augmenter. Question d’arithmétique élémentaire, niveau CE2.

Sauf à requalifier une série de situations jusqu’à présent classées parmi les problèmes de santé, donc couvertes par l’ONDAM, en autre chose qui n’en dépende plus. Prenons un exemple : nul ne contestera que l’alimentation joue un rôle fondamental dans l’équilibre glycémique des patients diabétiques. Pour autant, même si l’alimentation est dans ce cas un moyen de contrôler l’état de santé, l’évolution d’une maladie, et même si la médecine le reconnaît à ce point qu’elle a créé une spécialité de médecin nutritionniste, les coûts de l’alimentation ne sont jusqu’à présent pas reconnus comme des coûts de santé, pris en charge par l’Assurance Maladie, et couverts par l’ONDAM. Rien de choquant donc à ce que les autres méthodes de contrôle de l’équilibre glycémique puissent être traîtées à l’image de l’alimentation, donc exclues du cadre de l’ONDAM. De même pour le contrôle du taux de cholestérol, également lié à l’alimentation, et dont les divers moyens de régulation auraient légitimité à sortir du champ médical remboursé.

En sorte que, une fois le champ de l’ONDAM suffisamment réduit, l’ensemble de son budget devient largement excédentaire pour la prise en charge des pathologies couvertes, dont la couverture et les moyens qui leurs sont affectés peuvent même être alors significativement accrus. Question d’image, encore !



A nouveau, amis technocrates, demandez et il vous sera répondu, en toute humilité, par la Think Tank de l’Hôpital Joffre-Dupuytren, jamais avare de son aide discrète, compétente, efficace, s’appuyant sur une longue expérience dans le domaine de la gestion de la pénurie.

Un proverbe proclame « Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions ». A son modeste niveau, la Think Tank de l’Hôpital Joffre-Dupuytren s’honore de pouvoir mettre sa foi en cet adage et sa capacité imaginative au service de la collectivité.


Avertissement de la Rédaction : Ceci était une fiction d’anticipation. Personne n’a encore jamais avoué avoir conçu le type d’idées ou de projets décrits ci-dessus.